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Bulle papale d'excommunication, ~970


Michel Disdero

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Bonjour

Même si je pense percevoir le sens général de cette bulle visant les particuliers qui s' étaient emparés des biens de l'Église d'Arles, je souhaiterais  obtenir une traduction précise de ce passage...

[...]

Doleo itaque, et væhementissime tristor, super tanti sceleris causa, quæ a multorum hominum ore creberrime nostris conspectibus diffamatur. Quia primas Arelatensium. quæ principatum et capud obtinet cæterarum æcclesiarum, secunda a Romana sede, multis modis lacerationibus eviscerata, conculcatam fore audimus; impleta in ea prophetæ sententia dicentis: “Sedet in tristitia domina gentium”. Quapropter, vobis, et cunctis æcclesiarum Dei fidelibus, propriis apicibus designare cupimus quærelam tanti sacrilegii, quur predictus ejusdem æcclesie antistes nequiter assidua confligatur injuria. Ea namque juvamina, quæ a largitoribus nostræ æcclesiæ sunt semper cedenda, sciatis a nobis plenissime fore largienda. 

Nunc igitur a clavigero regni cælestis, nostræque inclite potestatis monitu impe’ nostraque providentia, [ou bien: nostraeque inclytae potestatis auctore, nostraque providentia ], suæ quoque cessionis coacti largimus ei integram habere licentiam et potestatem abominandi, gladio quoque excomunicationis feriendi, eos qui ei contrario obsteterint; quod nos vere, ut omnibus cognitum est, abnegare non valemus. Quomobrem, obsecrando vobis precipimus, atque fraterne efflagitamus, ut omnes qui ausu temerario terram sanctuarii fuerint ausi contingere, vel in aliquo ledere, et injuriam ei inferre, nullius admirantes personam, plenissimam usquæquaque faciatis legem, et secus sanctorum canonum precepta graviter eos corrigite. 

Postremum vero, si necesse fuerit, tempore et hora qua ipse vos deprecando admonuerit, cum ipso pariter gladio excomunicationis percutite. Tenor autem nostræ excomunicationis iste est, quem vos volumus roborare, atque confirmare.

[suivent des formules pittoresques de malédiction, à grands coups de citations de Deutéronome &c...]

Nota: pour avoir du contexte, le reste est ici https://docs.google.com/document/d/1miYuz3yjk3FkmBtMel76YC9qVKQl_UVJWENUAvyqelQ/edit#bookmark=id.z93cgmxt0iqg

Merci d'avance!

Michel 

 

 

 

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Voici le début : je n'ai pas toujours traduit littéralement pour des raisons de lisibilité et de correction stylistique.

Doleo itaque, et væhementissime tristor, super tanti sceleris causa, quæ a multorum hominum ore creberrime nostris conspectibus diffamatur. Quia primas Arelatensium. quæ principatum et capud obtinet cæterarum æcclesiarum, secunda a Romana sede, multis modis lacerationibus eviscerata, conculcatam fore audimus; impleta in ea prophetæ sententia dicentis: “Sedet in tristitia domina gentium”. Quapropter, vobis, et cunctis æcclesiarum Dei fidelibus, propriis apicibus designare cupimus quærelam tanti sacrilegii, quur predictus ejusdem æcclesie antistes nequiter assidua confligatur injuria. Ea namque juvamina, quæ a largitoribus nostræ æcclesiæ sunt semper cedenda, sciatis a nobis plenissime fore largienda. 

 

C'est pourquoi je suis très profondément affligé et attristé au sujet de l'affaire provoquée par un si grand forfait, qu'on ne cesse d'entendre de la bouche de nombreuses gens qui se sont présentés devant nous. Et de fait, nous entendons les premiers citoyens d'Arles, placée au premier rang et à la tête de toutes les autres églises, seconde après le siège de Rome, déchirée par des attaques perfides de tout genre, dire que celle-ci va être mise à terre, réalisant la parole du prophète qui dit : "La reine des nations gît dans l'affliction. C'est pourquoi, à vous et aux fidèles de toutes les églises de Dieu, nous désirons faire connaître, par ce rescrit personnel, les plaintes suscitées par un si grand sacrilège, propre à soumettre indignement le susdit chef de cette même église à un outrage permanent. Cela afin que vous sachiez que les secours qui doivent toujours être concédés par les donateurs de notre église seront distribués par nous dans toute leur plénitude.           

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Oui, mais c'est surtout la grammaire qui est parfois malmenée, mais c'est inévitable ; il y a bien pire quand les textes n'émanent pas d'Italie et que ce sont des contrats privés, par exemple : donation, partages, etc...

Mais une traduction en français moderne correct n'en est pas moins nécessaire : ce qu'il faut, c'est que le résultat soit lisible et utilisable.

Ce que j'aurais souhaité, c'est que vous donniez une reproduction de la charte, si toutefois elle est libre de droits. 

Je continuerai demain.

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Bonjour cher monsieur,

Ce dont je voulais parler, c'est du texte original ! Mais s'il a été transcrit par Migne, pas de problème. Merci en tout cas.

Voici la fin : là encore, ce n'est pas d'une parfaite élégance...

Nunc igitur a clavigero regni cælestis, nostræque inclite potestatis monitu impe’ nostraque providentia, [ou bien: nostraeque inclytae potestatis auctore, nostraque providentia ], suæ quoque cessionis coacti largimus ei integram habere licentiam et potestatem abominandi, gladio quoque excomunicationis feriendi, eos qui ei contrario obsteterint; quod nos vere, ut omnibus cognitum est, abnegare non valemus. Quomobrem, obsecrando vobis precipimus, atque fraterne efflagitamus, ut omnes qui ausu temerario terram sanctuarii fuerint ausi contingere, vel in aliquo ledere, et injuriam ei inferre, nullius admirantes personam, plenissimam usquæquaque faciatis legem, et secus sanctorum canonum precepta graviter eos corrigite. 

Postremum vero, si necesse fuerit, tempore et hora qua ipse vos deprecando admonuerit, cum ipso pariter gladio excomunicationis percutite. Tenor autem nostræ excomunicationis iste est, quem vos volumus roborare, atque confirmare.

 

A présent donc, par celui qui détient la clef du royaume des Cieux, nous autorisant de notre éminent pouvoir et contraint par notre providence ainsi que par celle à qui nous cédons notre pouvoir, nous lui(1) accordons la plaine liberté et le pouvoir d'abomination, ainsi que celui de frapper du glaive de l'excommunication ceux qui qui se seront dressés contre lui, ce sur quoi, en vérité, comme chacun le sait, nous n'entendons pas revenir. C'est pourquoi, nous vous enjoignons bienveillamment et vous demandons fraternellement, s'agissant de tous ceux qui, par une audace téméraire, auront osé toucher aux biens terrestres du sanctuaire ou y porter atteinte en quoi que ce soit et lui infliger une injure dans le mépris du respect de toute personne, de faire appliquer la loi tout entière en tout lieu et de les corriger sévèrement, selon les préceptes des saints canons.     

En dernier lieu, si cela est nécessaire, dans le temps et à l'heure où il vous en aura averti par instante prière, brandissez en sa compagnie le glaive de l'excommunication. Telle est la teneur de notre excommunication, que nous voulons que vous affermissiez et que vous confirmiez.   

 

(1) Il s'agit de l'évêque d'Arles.

 

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Oufff. Beau travail.

Le pape semble donc déléguer une partie de ses pouvoirs excommunicatoires à l'archevêque, juste avant de lancer ses propres malédictions deutéronomiques.

Au vu de votre remarque, vous accorderiez plus de crédit aux transcriptions de Migne, qu'aux chanoines de la Gallia?

Je me suis permis de vous citer, en tant que Nobilissimus Iacobus devant votre traduction dans le corps du document.

Merci encore...

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Merci à vous.

Pour ce qui est de Migne ou de Gallia, je ne peux pas savoir vraiment, il faudrait que je voie le manuscrit. J'ai fait un peu de paléographie quand j'étais étudiant, et j'ai len grand principe qui anime la philologie : toujours remonter à la source.

Migne est fiable, bien qu'ancien. Cependant, je suppose qu'il n'existe qu'un seul manuscrit ; c'est donc un problème de lecture qui peut se poser, pas un problème d'édition du texte à partir de leçons lisibles, mais différentes; et pour lequel je serais incompétent.

Au Moyen Age, l'excommunication est prononcée par l'évêque (ou l'archevêque), et levée éventuellement par lui. Mais bien sûr, le pape a la primauté en tant qu'évêque de Rome ; on perçoit bien l'insistance sur la "délégation" donnée à l'évêque dans le texte.

Une difficulté se pose à propos de l'interprétation à donner à "terra". Le mot, conformément à son étymologie, peut ne renvoyer qu'aux terres du monastère, mais j'ai écrit "biens terrestres" parce qu'il en était question dans la présentation du texte. Cela dit, l'empiètement sur des terres ecclésiastiques est fréquent au MA : il y a eu un cas célèbre à Nantes avec le duc Pierre de Dreux, dit "Mauclerc" qui avait pris des terrains de l'évêché pour bâtir son enceinte (XII-XIIIème siècles).

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Le 30/03/2020 à 19:00, Michel Disdero a dit :

Oufff. Beau travail.

Le pape semble donc déléguer une partie de ses pouvoirs excommunicatoires à l'archevêque, juste avant de lancer ses propres malédictions deutéronomiques.

Au vu de votre remarque, vous accorderiez plus de crédit aux transcriptions de Migne, qu'aux chanoines de la Gallia?

Je me suis permis de vous citer, en tant que Nobilissimus Iacobus devant votre traduction dans le corps du document.

Merci encore...

Bonjour, vous connaissez certainement l' ouvrage dont je vous mets la référence ci- dessous , accessible sur la toile. En tapant " doleo itaque et vehementissime" vous accédez directement au passage concerné  et un peu au-dessus à l'explication qui corrobore la vôtre. A toutes fins utiles donc. Cordialement.

La chorographie ou description de Provence et l'histoire ..., Volume 2

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Just now, Bill said:

Bonjour, vous connaissez certainement l' ouvrage dont je vous mets la référence ci- dessous , accessible sur la toile. En tapant " doleo itaque et vehementissime" vous accédez directement au passage concerné  et un peu au-dessus à l'explication qui corrobore la vôtre. A toutes fins utiles donc. Cordialement.

La chorographie ou description de Provence et l'histoire ..., Volume 2

Bonjour Bill

Merci pour l'information, la "Chorographie" est souvent difficile à fouiller (latin + Vieux Français + typographie), mais là,cela valait le coup!

Si d'autres lecteurs du post sont intéressés par ce passage, il est ici

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Pour les Vaticanologues: cette bulle commence par la formule consacrée Joannes episcopus, servus servorum Dei, divine pietatis nutu sedis apostolicae humilis papa.

Le terme Vicarius Christi (celui que le pape François semble avoir relégué aux oubliettes annotations; titoli storici) n'y figure pas encore, car il ne sera appliqué régulièrement qu'avec le pontificat d'Eugène II. (1145-1153)

 

Cf Corrispondenza romana (très polémique) du 04/04/2020: Pare invece potervi scorgere l’ammissione – passata sotto silenzio – di una sorta di usurpazione, laddove a regnare non è il «Servus servorum Dei», ma la persona di Jorge Mario Bergoglio, che ha ufficialmente disconosciuto di essere il Vicario di Cristo, il Successore del Principe degli Apostoli e il Sommo Pontefice, quasi si trattasse di fastidiosi orpelli del passato: solo «titoli storici», appunto.

 

Qui a dit que le Latin est une langue morte?

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