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un méchant décemvir (Tite-Live, livre III)


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Bonjour, je traduis un passage du livre III de Tite-Live et je suis en proie à d'insurmontables difficultés de traduction. Merci pour votre aide ;)

 

texte latin:

 

Pater uirginis, L- Verginius, honestum ordinem in Algido ducebat, uir exempli recti domi militiaeque. Perinde uxor instituta fuerat liberique instituebantur. Desponderat filiam L- Icilio tribunicio, uiro acri et pro causa plebis expertae uirtutis. Hanc uirginem adultam forma excellentem Ap-pius amore amens pretio ac spe perlicere adortus, postquam omnia pudore saepta animaduerterat, ad crudelem superbamque uim animum conuertit. M- Claudio clienti negotium dedit, ut uirginem in seruitutem adsereret neque cederet secundum libertatem postulantibus uindicias, quod pater puellae abesset locum iniuriae esse ratus. Virgini uenienti in forum -- ibi namque in tabernaculis litterarum ludi erant -- minister decemuiri libidinis manum iniecit, serua sua natam seruamque appellans, sequique se iubebat

 

ma traduction:

 

Le père de la jeune fille, Verginius, commandait à Algide un rang militaire distingué et était un homme d’une droiture exemplaire, comme citoyen et comme soldat. Son épouse avait été éduquée semblablement et ses enfants l’étaient aussi. Il avait promis sa fille à L. Icilius, ancien tribun, un homme ardent, ayant fait la preuve de son courage pour la cause de la plèbe. Appius, fou d’amour pour cette jeune fille distinguée, grandie par sa beauté, ayant entrepris de la séduire avec des présents et des promesses, après qu’il eût constaté que tout était clos par la pudeur, il tourna son esprit vers une cruelle et odieuse violence. Il donna à M-Claudio, son client, la mission de réclamer la jeune fille en esclavage et de ne pas céder à ceux qui demanderaient une réclamation en justice en faveur de la liberté parce que le père de la jeune fille était absent du lieu de l'injustice ...?????

Virginie se rendant au forum - en effet, là se trouvaient dans des tentes les écoles de lettres- le serviteur de la passion du décemvir mit la main dessus et l'appelant fille d'esclave et son esclave, il lui ordonna de le suivre.

 

 

Mes problèmes sont dans les passages colorés. Néanmoins, si vous en voyez ailleurs, n'hésitez pas à me le dire.

En fait, il y a deux passages dont je ne parviens pas du tout à cerner la structure.

 

1. quod pater puellae abesset locum iniuriae esse ratus

 

Quel est le rôle de ce quod?

que vient faire l'infinitif esse?

où se cache le verbe principal?

qu'est-ce qui est sujet de ratus?

 

2. serua sua natam seruamque appellans

 

serua sua et natam seruam sont-ils sur un même pied d'égalité?

Si oui, pourquoi sont-ils à des cas différents?

Si non, à quoi se rapportent-ils respectivement?

 

 

Merci pour votre aide!

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2. serua sua natam seruamque appellans

 

serua sua et natam seruam sont-ils sur un même pied d'égalité?

Si oui, pourquoi sont-ils à des cas différents?

Si non, à quoi se rapportent-ils respectivement?

 

l'appella (son) esclave [servam], (en étant) fille [natam] de son esclave [sua serva, ablatif].

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1. quod pater puellae abesset locum iniuriae esse ratus

 

Quel est le rôle de ce quod?

que vient faire l'infinitif esse?

où se cache le verbe principal?

qu'est-ce qui est sujet de ratus?

Il veut dire : en pensant que le fait qui le père était absent était une circonstance favorable à l'injustice

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-- honestum ordinem in Algido ducebat "commandait sur le mont Algidus une centurie honorable".

-In Algido : "sur le mont Algidus", près de Tusculum, où l'armée romaine opérait contre les Eques (pour "à Algidum" [ville] on aurait le locatif Algidi)

- ordo, ordinis, M : ici "centurie"; honestus "honorable" : en effet, les 60 centuries d'une légion étaient classées par ordre de qualité, depuis la 1e centurie du 1er manipule de la 1e cohorte (n°1) jusqu'à la 2e centurie du 3e manipule de la 10e cohorte (n°60). Verginius commande une centurie "bien classée", mais pas la première, car le centurion n°1 portait le grade de "centurion primipile" ("premier javelot"). Verginius commandait, mettons, la centurie n° 7 ou 8.

 

-- uirginem adultam forma excellentem : "une vierge déjà grande (le décemvir n'est quand même pas un pédophile), remarquable par sa beauté"

 

-- "tout était clos par la pudeur" : ben oui, la jeune fille bien élevée résiste à toutes les tentatives de séduction, "tous ses accès sont bloqués par sa pudeur".

 

-- neque cederet secundum libertatem postulantibus uindicias: cf. Gaffiot s.v. vindiciae . Il est demandé au client de ne pas céder à ceux qui demanderaient le maintien en liberté de l'esclave supposée pendant le procès. C'est un point de procédure romaine : quand quelqu'un se prétend propriétaire de quelque chose, on met en principe la chose en sûreté pendant la durée du procès avant de la rendre à celui qui en a été reconnu propriétaire.

 

Cette histoire édifiante, bien caractéristique de Tite-Live, fait pendant à l'histoire du suicide de Lucrèce poursuivie par Tarquin. Le suicide de Lucrèce mène à la chute de la royauté et le meurtre de Virginie par Verginius amènera la chute des décemvirs.

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Il veut dire : en pensant que le fait qui le père était absent était une circonstance favorable à l'injustice

 

c'est donc une P2 infinitive, demandée par ratus, dont le verbe est esse, et le sujet quod pater filiae abesset?

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  • 3 weeks later...

la fête n'est pas finie :rolleyes: il me reste encore quelques difficultés à résoudre avant de m'attaquer au commentaire de cette charmante histoire...

 

texte latin:

 

Virgini uenienti in forum -- ibi namque in tabernaculis litterarum ludi erant -- minister decemuiri libidinis manum iniecit, serua sua natam seruamque appellans, sequique se iubebat : cunctantem ui abstracturum. Pauida puella stupente, ad clamorem nutricis fidem Quiritium implorantis fit concursus; Vergini patris sponsique Icili populare nomen celebrabatur. Notos gratia eorum, turbam indignitas rei uirgini conciliat.

 

traduction:

 

Virginie se rendant au forum - en effet, là se trouvaient dans des tentes les écoles de lettres- le serviteur de la passion du décemvir mit la main dessus et l’appelant son esclave, née de son esclave, il lui ordonna de le suivre : si elle résiste, elle sera entraînée de force. La jeune fille effrayée demeurant immobile, aux cris de sa nourrice implorant la protection des Romains, un rassemblement se forme ; les noms des compatriotes Verginius, son père et de Icilius, son fiancé, sont invoqués. Leur reconnaissance rallie les amis à la jeune fille, l'indignité de la situation lui concilie la foule.

 

question existentielle:

 

1) quelle est la justification grammaticale de ma traduction (de l'extrait souligné en gras) (que j'ai piochée ailleurs), et comment pourrait-on dire les choses plus littéralement?

 

 

Texte latin:

 

Iam a ui tuta erat, cum adsertor nihil opus esse multitudine concitata ait; se iure grassari, non ui. Vocat puellam in ius. Auctoribus qui aderant ut sequerentur, ad tribunal Ap-pi peruentum est. Notam iudici fabulam petitor, quippe apud ipsum auctorem argumenti, peragit : puellam domi suae natam furtoque inde in domum Vergini translatam suppositam ei esse; id se indicio compertum adferre probaturumque uel ipso Verginio iudice, ad quem maior pars iniuriae eius pertineat; interim dominum sequi ancillam aequum esse.

 

Traduction:

 

Elle était déjà à l’abri de la violence, quand celui qui la réclame comme esclave affirme qu’on n’a en rien besoin d’une foule enflammée, qu’il procédera par le droit, non par la violence. Il appelle la jeune fille devant la loi. Avec les défenseurs qui étaient présents pour l’accompagner, on parvient au tribunal d’Appius. Le demandeur débite sa fable connue du juge, car on est en présence de l’auteur même de cette comédie : la jeune fille, née sous sa maison et introduite furtivement dans la maison de Verginius a été rattachée à celui-ci ; il apportera des preuves à sa dénonciation et il … Virginius lui-même étant juge, que la plus grande partie de l’injure concerne ; entre-temps, il est juste que la servante suive son maître.

 

questions existentielles:

 

2) auctoribus veut-il dire "avec les défenseurs"? j'ai lu d'autres traductions où l'on renversait totalement la phrase et où le "ut sequerentur" était traduit par "qu'ils suivent"...

 

3) avec ce style indirect, je ne m'en sors pas...

- que signifie "compertum"?

- indicio signifie-t-il la preuve ou la dénonciation?

- pourquoi adferre est-il à l'infinitif présent et probaturum au futur?

- "ad quem": pourquoi le pronom relatif est-il séparé de son antécédent par ce "ad"... ce serait tellement plus facile à traduire sans...

 

Merci pour votre aide ! ;)

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Une première petite chose.

question existentielle:

 

1) quelle est la justification grammaticale de ma traduction (de l'extrait souligné en gras) (que j'ai piochée ailleurs), et comment pourrait-on dire les choses plus littéralement?

si elle résiste, elle sera entraînée de force. cunctantem ui abstracturum cunctantem "perdant du temps, tardant" part. prés. du dép. cunctor, accusatif fém. sg. (s.-e eam) COD de abstracturum (esse); abstracturum (esse) de abstraho "entraîner" infinitif futur actif dans un style indirect "libre" (dixit sous-entendu) le sujet de l'infinitif est encore se sous-entendu. ui "par la force" => "(il dit) qu'il emmènerait de force (elle) tardant" Cette façon d'employer des participes sans pronom devient très courante chez Suétone. Je pense que c'est un usage qui imite un peu le grec (part. avec article).

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Enfin du latin ! (et pas de la stylistique française...)

cunctantem ui abstracturum. Voici un magnifique exemple du style ramassé de Tite Live. Il s'agit tout simplement d'une infinitive très ramassée qui dépend d'un "il disait que" sous entendu : abstracturum ("se" est sous entendu) il arracherait (se abstracturum esse : littéralement : lui être disposé à arracher, vi = de force, par la force, cunctantem = l'hésitante, elle en train d'hésiter.

Traduction plus littérale (?) : il arrachera (il fera sortir) de force la récalcitrante (ou : si elle temporise, si elle hésite). Mais la traduction proposée est tout à fait "littérale" : ce n'est pas du "petit latin", mais c'est très fidèle au texte.

J'avoue que ju'hésite pour la suite : je traduirais bien : en raison des conseilers qui étaient présents pour qu'ils la suivent, on... Autrement dit, je prends - sans conviction - auctoribus pour un ablatif d'origine : sur le conseil de ceux qui sont présent pour l'accompagner... Mais d'autres réagiront sans doute !

 

 

 

 

Pour la suite, voici la construction, qui répond, je pense aux questions :

 

puellam = la jeune fille

domi suae natam = née chez lui

furtoque = et clandestinement

inde = de là

translatam in domum Vergini(i) = transportée dans la maison de Verginius

suppositam esse ei = lui a été subtilisée ;

adferre = il rapporte (maintenant au tribunal)

id compertum = ce fait qui a été démontré

indicio = par une preuve

probaturumque = et il en fera la preuve (quand Verginius sera là)

vel ipso Verginio judice = même à Verginius lui-même, pour en être juge,

ad quem = par rapport à qui, à qui

major pars = une part plus importante (que la sienne)

injuriae = du tort

pertineat = s’étend, se rapporte

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2) auctoribus veut-il dire "avec les défenseurs"? j'ai lu d'autres traductions où l'on renversait totalement la phrase et où le "ut sequerentur" était traduit par "qu'ils suivent"...

Auctoribus qui aderant ut sequerentur, Avec les défenseurs qui étaient présents pour l’accompagner...

Il faut comprendre Auctoribus [eis] qui aderant "Ceux qui étaient présents (pour l'accompagner) étant garants" (Auctoribus [eis] : ablatif absolu).

 

Apparemment le passage n'est pas facile à comprendre parce que sur Perseus on trouve la traduction "Her supporters advised her to follow him" qui revient un peu au même mais qui ne respecte pas du tout la construction, et sur Itinera Electronica "...la jeune fille, que les défenseurs engagent à l'y suivre." comme s'il y avait sequeretur au singulier. Et effectivement certains manuscrits portent sequeretur, leçon qui a été retenue par l'éditeur Ogilvie (1974). Dans ce cas, la phrase signifierait "Ceux qui assistaient (Virginie) étant les instigateurs du fait qu'elle suive l'accusateur". Si on garde sequerentur au pluriel, ça veut plutôt dire "Ceux qui étaient là pour suivre Virginie étant des garants" (garants du fait que la justice fera bien son travail). Et en effet plus loin on parle de l'intervention d'avocats (advocati) de Virginie devant le tribunal.

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Très vite : Ne faut-il pas comprendre "qui aderant" au sens, attesté classiquement : "qui l'assistaient", "qui la soutenaienr" ?

Auctoribus qui aderant ut sequerentur, Avec les défenseurs qui étaient présents pour l’accompagner...

Il faut comprendre Auctoribus [eis] qui aderant "Ceux qui étaient présents (pour l'accompagner) étant garants" (Auctoribus [eis] : ablatif absolu).

 

Apparemment le passage n'est pas facile à comprendre parce que sur Perseus on trouve la traduction "Her supporters advised her to follow him" qui revient un peu au même mais qui ne respecte pas du tout la construction, et sur Itinera Electronica "...la jeune fille, que les défenseurs engagent à l'y suivre." comme s'il y avait sequeretur au singulier. Et effectivement certains manuscrits portent sequeretur, leçon qui a été retenue par l'éditeur Ogilvie (1974). Dans ce cas, la phrase signifierait "Ceux qui assistaient (Virginie) étant les instigateurs du fait qu'elle suive l'accusateur". Si on garde sequerentur au pluriel, ça veut plutôt dire "Ceux qui étaient là pour suivre Virginie étant des garants" (garants du fait que la justice fera bien son travail). Et en effet plus loin on parle de l'intervention d'avocats (advocati) de Virginie devant le tribunal.

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Allez, tant qu'on est sur notre lancée...

 

Texte latin:

 

Appius decreto praefatur quam libertati fauerit eam ipsam legem declarare quam Vergini amici postulationi suae praetendant; ceterum ita in ea firmum libertati fore praesidium, si nec causis nec personis uariet. In iis enim qui adserantur in libertatem, quia quiuis lege agere possit, id iuris esse : in ea quae in patris manu sit, neminem esse alium cui dominus possessione cedat.

 

Ma traduction:

 

Appius, avant sa décision dit que le fait qu’il soit favorable à la liberté nomme cette loi elle-même que les amis de Verginius mettent en avant pour leur demande ; qu’il sera du reste dans celle-ci un défenseur ferme de la liberté si elle ne varie ni par les causes, ni par les personnes. En effet, dans les cas qui réclament la liberté provisoire, puisque, par la loi, chacun peut agir, celle-ci est accordée de droit : dans le cas de cette jeune fille, qui est sous la responsabilité de son père, il n’y a personne d’autre en faveur duquel le maître renonce à sa possession.

 

Questions fondamentales:

 

1° quam / quam... ces deux quam ont-ils un rapport entre eux? si oui, lequel? si non, quel est le rôle du premier? Et le deuxième introduit-il bien une relative?

 

2° "puisque par la loi chacun peut agir"... je ne vois pas bien ce que ça signifie... peut-être que c'est ma traduction qui est bancale...?

 

3° possessione: j'aurais attendu un datif... (alors pourquoi c'est un ablatif, mystère mystère)

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Questions fondamentales:

 

1° quam / quam... ces deux quam ont-ils un rapport entre eux? si oui, lequel? si non, quel est le rôle du premier? Et le deuxième introduit-il bien une relative? Le premier quam ("combien") introduit l'interrogation indirecte quam... fauerit COD de declarare : "...que cette même loi que les amis de Verginius invoquent à l'appui de leur demande montre clairement combien lui, Appius, était favorable à la liberté" (les décemvirs avaient été chargés de rédiger des lois)

 

2° "puisque par la loi chacun peut agir"... je ne vois pas bien ce que ça signifie... peut-être que c'est ma traduction qui est bancale...? lege agere signifie "agir (particulièrement en justice) dans les formes légales", donc "agir selon la loi" (voyez ici : cliquez)

 

3° possessione: j'aurais attendu un datif... (alors pourquoi c'est un ablatif, mystère mystère) à mon avis c'est un ablatif de point de vue "il n'est personne d'autre à qui le maître doive céder le pas du point de vue de la possession." Les défenseurs de Virginie veulent qu'elle soit laissée en liberté, mais le juge dit que personne d'autre que le père ne peut demander quoi que ce soit concernant la fille. Cela lui permet de refuser la liberté provisoire.

 

Pour ma part, je ne comprends pas bien ceterum... uariet : "pour le reste, il y aurait dans cette loi un ferme rempart pour la liberté si la loi ne variait ni en fontion des affaires ni en fonction des personnes" Gaffiot (s.v. vario traduit : "la loi est invariable, sans acception ni des intérêts en jeu ni des personnes." Faut-il croire qu'Appius a en vue l'ensemble de la législation qui donne un pouvoir absolu et exclusif au père sur ses enfants au point de refuser à toute autre personne de demander la moindre chose à leur sujet ? Dans ce cas il faudrait prendre legem au sens de "législation", reprenant aussi bien les dispositions relatives à la liberté provisoire que les dispositions relatives à la puissance paternelle.

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